Réunions qui s’enchaînent, open space, écran toute la journée, télétravail sans frontière nette : la journée de travail laisse peu de place au souffle. Voici comment la sophrologie propose d’y glisser de courtes pauses, avant, pendant et après le travail.
Personne n’a besoin d’une heure de calme pour reprendre pied au milieu d’une journée chargée. Ce qui manque le plus souvent, ce sont des repères simples, assez brefs pour tenir entre deux tâches. C’est justement le terrain de la sophrologie au travail : quelques respirations, un geste lent, une image mentale, pratiqués sur place, sans matériel et sans quitter son poste.
Cet article ne remplace ni l’organisation du travail, ni l’avis d’un professionnel de santé. Il présente des habitudes de bien-être que l’on peut tester à son rythme, sans promesse de résultat. Si votre fatigue ou votre tension professionnelle s’installe, le médecin du travail ou votre médecin traitant sont les bons premiers interlocuteurs.
Pourquoi la sophrologie s’invite au bureau
La sophrologie, méthode créée en 1960 par le médecin neuropsychiatre Alfonso Caycedo, repose sur des exercices progressifs de respiration, de mouvement et de visualisation (voir Qu’est-ce que la sophrologie ? Origines et principes). Elle a l’avantage d’être modulable : un même exercice peut se faire en dix minutes allongé ou en une minute assis devant son clavier.
Au travail, trois qualités la rendent pratique. Elle est discrète, car la plupart des exercices passent inaperçus. Elle est courte, puisque l’on peut la découper en micro-pauses. Et elle est concrète, parce qu’elle part d’une situation précise (une réunion, une longue séance d’écran) plutôt que d’un état général. Ce que l’on peut en attendre, avec de la régularité, c’est une meilleure conscience de ses tensions et quelques outils pour les relâcher ; elle n’a pas vocation à supprimer les contraintes d’un poste.
Cinq situations, cinq petits exercices
Avant une réunion importante
Deux minutes suffisent. Asseyez-vous bien, les pieds au sol, et prenez trois respirations abdominales : inspirez par le nez en laissant le ventre se gonfler, expirez lentement par la bouche. Haussez ensuite les épaules à l’inspiration, relâchez-les d’un coup à l’expiration. Terminez par une image courte : la réunion qui se déroule calmement, vous parlant à votre rythme. C’est le même principe que la préparation avant un événement dont on parle pour le sport, par exemple dans la sophrologie du sportif.
Dans l’open space
Le bruit et les sollicitations fragmentent l’attention. Une pratique discrète consiste à porter l’attention sur les points d’appui (pieds, fessiers, dos contre le siège) pendant trois respirations, puis à relâcher la mâchoire et le front. Rien ne se voit de l’extérieur, et le geste peut être répété plusieurs fois par jour. Pour aller plus loin sur l’attention elle-même, voir sophrologie et concentration.
La pause de midi
Marcher cinq minutes à l’extérieur, à pas lents, en coordonnant le souffle avec les pas (deux pas à l’inspiration, trois à l’expiration), prolonge l’esprit de la relaxation dynamique : des gestes lents suivis d’un temps pour percevoir les sensations (voir la relaxation dynamique). Évitez simplement de vouloir « réussir » la pause : elle est là pour desserrer l’étau, pas pour produire un résultat.
Devant l’écran
Toutes les heures environ, levez les yeux de l’écran et regardez au loin pendant quelques secondes. Étirez doucement la nuque et les poignets, puis respirez à fond une fois ou deux. Ce n’est pas propre à la sophrologie, mais son approche (mouvement lent, souffle, attention au ressenti) s’y prête bien. Si une douleur persiste au niveau des épaules, des poignets ou des yeux, parlez-en à un professionnel de santé : la sophrologie n’est pas une réponse médicale.
En télétravail
La maison efface les repères : plus de trajet, plus de porte de bureau. Un petit rituel de début de journée aide à recréer une frontière : boire un verre d’eau, ouvrir la fenêtre, faire trois respirations en regardant l’horizon, puis seulement allumer l’ordinateur. Certaines personnes prolongent ce rituel par quelques mouvements d’étirement debout avant la première visioconférence.
Fermer la journée : la déconnexion
Beaucoup de personnes rapportent que le plus difficile est de « déposer » le travail le soir. En France, le droit à la déconnexion a été introduit par la loi du 8 août 2016 (article L. 2242-17 du Code du travail) et se négocie dans l’entreprise ; il fixe un cadre, mais il ne dit pas comment se détendre. C’est là qu’un rituel de fin de journée peut aider.
- Éteindre l’ordinateur et le ranger, ou fermer l’espace de travail à la vue, pour marquer la fin ;
- noter sur un papier ce qui reste à faire demain, afin de ne pas le porter en tête ;
- prendre cinq minutes de respiration lente, assis ou allongé, en relâchant zone par zone, des pieds jusqu’au visage ;
- visualiser un lieu qui vous apaise et y rester le temps de quelques respirations (voir la visualisation en sophrologie).
Si le travail nuit à votre sommeil, vous trouverez des repères dans notre article sophrologie et sommeil, avec la même précaution : une pratique de bien-être n’est pas un traitement.
Pour que ça tienne dans la durée
- Commencez par une seule situation (par exemple le début de journée) plutôt que cinq à la fois.
- Associez l’exercice à un déclencheur déjà présent : le café du matin, la fermeture d’un onglet, l’arrivée à la machine à café.
- Privilégiez la régularité à la durée : une minute par jour vaut mieux qu’une heure par mois.
- Arrêtez l’exercice en cas de gêne, d’étourdissement ou de malaise, et reprenez une respiration normale.
- Pour un accompagnement plus complet, une première séance guidée aide à apprendre les gestes (voir le déroulement d’une séance).
En entreprise : séances collectives et limites
Certaines entreprises proposent des ateliers de sophrologie, souvent à l’heure du déjeuner ou en début de journée, animés par un sophrologue intervenant. Ce type d’atelier peut offrir un moment de pause partagé et faire découvrir des outils. Il ne remplace pas ce qui relève de l’organisation du travail : charge, délais, clarté des rôles. L’employeur a d’ailleurs une obligation générale de protection de la santé des salariés (article L. 4121-1 du Code du travail), et la sophrologie ne se substitue pas à cette démarche.
Vous hésitez entre plusieurs approches de détente ? Notre comparaison sophrologie ou méditation de pleine conscience peut vous aider à choisir. Et pour trouver un praticien près de chez vous, notre annuaire est un point de départ.
Questions fréquentes
Peut-on faire de la sophrologie à son bureau sans que cela se voie ?
Oui, pour une grande partie des exercices : respiration abdominale, attention aux points d’appui, relâchement des épaules, de la mâchoire et du front. Les mouvements plus amples se pratiquent mieux debout, dans un espace dégagé ou pendant une pause.
Combien de temps faut-il consacrer à ces pauses ?
Une à cinq minutes suffisent pour la plupart des exercices décrits ici. L’intérêt vient de la répétition au fil des jours, pas de la durée d’une séance isolée. Chacun peut ajuster selon son emploi du temps.
La sophrologie peut-elle remplacer un arrêt de travail ou un suivi médical ?
Non. La sophrologie est une pratique de bien-être : elle n’est ni un diagnostic, ni un traitement. En cas d’épuisement, de souffrance au travail ou de trouble persistant, consultez votre médecin ou le médecin du travail.
Quelle différence avec le simple fait de « faire une pause » ?
Une pause classique est un temps de repos libre. La sophrologie y ajoute une consigne : respiration guidée, scan des tensions, image mentale. Pour comprendre l’effet d’un relâchement ciblé sur le stress, voir apaiser le stress au quotidien avec la sophrologie.
Repères et sources
- Alfonso Caycedo, médecin neuropsychiatre, crée le terme et la méthode « sophrologie » à Madrid en 1960 ; influences généralement citées : Edmund Jacobson (relaxation progressive) et Johannes Heinrich Schultz (training autogène, 1932).
- Droit à la déconnexion : loi n° 2016-1088 du 8 août 2016, intégrée à l’article L. 2242-17 du Code du travail (à vérifier selon l’accord applicable dans votre entreprise).
- Obligation de l’employeur en matière de santé et de sécurité : article L. 4121-1 du Code du travail.
- Les exercices décrits relèvent de pratiques générales de sophrologie ; leur contenu varie selon les praticiens et les écoles, et ils ne constituent pas un protocole médical.
Apprendre les gestes à votre rythme
La formation Le Portail Sophrologie transmet les bases de la respiration, de la détente et de la visualisation — avec des séances guidées à intégrer à votre quotidien.
Laisser un commentaire